Exposition virtuelle !
Voyage virtuel dans la vie de Garibaldi.
L'enfant de Nice comme vous ne l'avez jamais vu !
A lheure où sont rééditées les mémoires de Garibaldi réécrites par Alexandre Dumas en 1860, nombreux sont ceux qui continuent dévoquer, détudier ou tout simplement de chérir le héros italien, lenfant de Nice.
Si la plupart des ressources et des spécialistes "ès Garibaldi" sont encore italiens, français et niçois, cest pourtant aux Etats-Unis, à lUniversité de Caroline du Sud, quétait présentée en 1997 une exposition originale, riche de la collection de lhistorien italo-américain Anthony P. Campanella, généreusement offerte par celui-ci à lUniversité pour sa bibliothèque de lInternational Institute of Garibaldian Studies. Cette collection unique et inestimable est composée de nombreuses sources et documents issus de la bibliothèque personnelle de Garibaldi lui-même ainsi que de celle de son fils Ricciotti : plus de 400 lettres écrites ou reçues par Garibaldi, des centaines de journaux dactualité du 19ème siècle, une imposante collection de médailles
Rares sont ceux qui, soucieux de mieux connaître et découvrir la vie tumultueuse du condottiere dorigine niçoise, auront pourtant eu la chance de découvrir les richesses de lexposition américaine.
Un site anglophone propose une intéressante sélection des principales pièces présente à cette exposition sur : http://www.sc.edu/library/spcoll/hist/garib/garib.html
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Sourgentin vous présente ici une version commentée de quelques "inédits" et autres "incontournables" qui ont fait et refont pour nous la vie du héros niçois. |
Refusant dendosser lhabit ecclésiastique comme le souhaite son père, Giuseppe Garibaldi, qui est né à Nice en 1807 dans une famille relativement aisée de marins et de petits armateurs ligures, sembarque à quinze ans comme mousse pour Odessa. Pendant une dizaine dannées, il va bourlinguer autour de la Méditerranée et de la mer Noire, entrant en contact au cours de ses périples avec des groupes dexilés politiques italiens dont il va peu à peu partager les idées. Cest en mars 1833 quil rencontre Giuseppe Mazzini à Marseille où sest réfugié le dirigeant de la Giovine Italia (la Jeune Italie). Garibaldi adhère alors à ce mouvement républicain et clandestin, avec mission de soulever la flotte sarde et de semparer de larsenal de Gênes. La conspiration échouera au début de lannée suivante, lobligeant lui aussi à sexiler, dabord en France où il apprend quil est condamné à mort par contumace, puis en Amérique du Sud, où il va mener une vie daventure et de combats. Les récits légendaires mettront tous laccent sur cette rencontre décisive entre le jeune marin Garibaldi et Mazzini. A compter de ce moment, Garibaldi aurait été un ardent défenseur de la cause italienne, se mettant au service de lindépendance et de lunité italienne. Cet épisode fut rapporté et raconté par la suite comme une initiation solennelle à la Jeune Italie, le poète Pascoli en fera dailleurs une révélation mystico-religieuse ! J. White-Mario, auteur de la biographie dont cette gravure est tirée, était une Anglaise mariée à un révolutionnaire italien, amis des deux hommes [Mazzini à gauche et Garibaldi à droite].
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Tantôt marchand, tantôt guérillero ou bien corsaire au service des causes libérales, Garibaldi découvre lAmérique du Sud. Au Brésil (1837-1841), il se range aux côtés des défenseurs de la jeune République du Rio Grande do Sul, en lutte pour son indépendance et commande leur modeste "flotte" (deux bâtiments !). En Uruguay (1841-1846), il combat sur terre et sur mer les forces conjuguées de lArgentine et de lAngleterre. Durant ce long séjour, Garibaldi acquiert une expérience de combattant et de chef de guerre, familier de la souffrance il est plusieurs fois blessé et torturé , de la faim et de laction "illégale" menée au nom dune idée. Cest en Amérique latine que se sont dessinés les principaux traits de la figure de Garibaldi. Bras armé de la cause révolutionnaire, il est vite devenu le génial stratège qui sait jauger dune situation au premier coup doeil, le non-conformiste, le self-made-man dont le génie et lenthousiasme surpassent la science et le surnombre des soldats de métier.
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Cest aussi en Amérique Latine, au Rio Grande do Sul, que Garibaldi rencontre celle qui va devenir la première compagne de sa vie, Anna Maria Ribero da Silva, dite Anita. Enlevée à son mari pêcheur par Garibaldi qui lépouse à Montevideo, elle donnera naissance en 1840 à un fils, prénommé Menotti en souvenir dun patriote pendu à Modène en 1831. Le couple rentre en Europe dès les premiers frémissements révolutionnaires. A son retour, Garibaldi prend part successivement à la lutte en Lombardie contre les Autrichiens, en 1848, puis à la défense de la République romaine contre les Français en 1849. Après une vaillante résistance de deux mois, à la tête dune petite armée de dix mille hommes, il doit pourtant céder : les dirigeants républicains de Rome jugent la ville perdue. Garibaldi doit faire retraite jusquà la côte Adriatique où Anita, qui la rejoint à Rome, insiste pour marcher à ses côtés. Lépisode le plus tragique et le plus connu de tous les Italiens est la mort dAnita, enceinte de cinq mois, qui va mourir dépuisement dans cette fuite éperdue. Les circonstances de sa mort devaient faire delle une des héroïnes du Risorgimiento. La biographie romantique de Bandi, publiée pour la première fois en 1889, et dont la couverture illustre lenlèvement par Garibaldi de sa future femme, allait pérenniser la perception populaire hagiographique dAnita Garibaldi.
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Cest lemballement inattendu du processus dunification qui le ramène au premier plan dès 1859 et fait de lui en quelques mois lun des pères fondateurs de la nation italienne. Avec laide de la France et sous la houlette de Cavour, la monarchie piémontaise réussit en 1860 à annexer la plus grande partie de lItalie du Nord, mais il reste à réunir à la couronne de Savoie, outre la Vénétie restée autrichienne et une partie des États pontificaux, toute la moitié sud de la péninsule qui est possession des Bourbons de Naples. Telle sera la mission indirectement confiée à Garibaldi et qui va donner lieu à lexpédition des "Mille". Imaginée par les émigrés siciliens de Turin, elle a pour objet de faire seffondrer sous les coups dune "insurrection populaire" la monarchie des Deux-Siciles, alors à bout de souffle. Cest à Francesco Crispi un mazzinien rallié à la dynastie de Savoie que revient lidée de placer à la tête de lexpédition lincarnation même de la "guerre populaire". En mai 1860, interprétant la situation insurrectionnelle en Sicile comme un mouvement pour lunité italienne, Garibaldi met sur pied un corps expéditionnaire dun millier dhommes, composé de patriotes italiens venus de toutes les régions de la péninsule et appartenant majoritairement à la petite bourgeoisie progressiste. Les "Mille" débarquent le 11 mai à Marsala et défont larmée des Bourbons en quelques batailles héroïques, telle celle de Milazzo, le 20 juillet 1860.
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Jamais comme durant lexpédition sicilienne, la dimension mythique quavait prise Garibaldi nagit autant sur le déroulement des événements. Après une série de combats victorieux, Garibaldi entre à Palerme, sempare de toute la Sicile pendant lété 1860, puis passe sur le continent et entreprend une marche victorieuse jusquà Naples, le 7 septembre. Cavour, tout en feignant dignorer les préparatifs, a laissé faire, sinon approuvé. Victor-Emmanuel a chaudement encouragé Garibaldi, à qui lon a fourni armes et munitions. Autrement dit, lexpédition revêt tous les caractères dune conquête du royaume des Deux-Siciles par le Piémont, le corps expéditionnaire garibaldien se substituant à larmée régulière piémontaise.
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Le terme de lexpédition devait marquer la fondation de lItalie. Le 26 octobre 1860, Garibaldi rencontre en effet le monarque piémontais Victor-Emmanuel II à Teano et le salue comme le "roi dItalie". Bien quà cette date lunité soit encore inachevée, le royaume nayant pas encore conquis sa capitale, la Troisième Rome, cet événement restera comme un des grands mythes fondateurs de lItalie. Il deviendra lemblème de la rencontre entre lItalie officielle, celle des institutions, des diplomates et lItalie du mouvement populaire, celle des marins de Ligurie ou des paysans siciliens. Le mythe garibaldien senrichit en outre, au fil des années suivantes, dune dimension supplémentaire, tout en contraste avec la fureur guerrière. La synthèse opère : il est le "lion de Cabrera", sommeillant en apparence, mais toujours sur le qui-vive. Assigné à résidence à Caprera il avait découvert lîle en 1849 lors de son deuxième exil et, séduit, y avait bâti une maison familiale parce que lon craint de sa part une action déclat vers Rome, Garibaldi nourrit encore la légende. Lîle ne sera pas perçue comme la prison dorée de lhomme qui dérange la cour de Turin, mais comme le refuge du soldat vertueux, loin des médisances et des manuvres politiciennes. Caprera entre dans le mythe comme le lieu lointain et imaginaire de lexil volontaire du héros désinteréssé, blessé. Le soldat-paysan y vit dans une maison blanche entouré de sa famille. Deux Garibaldi en un : un soldat dexception, un combattant de la liberté et un père attentif, un mari dévoué, un ami affectueux. Deux facettes dun même personnage, régulièrement reprises dans limagerie populaire, qui ne pouvaient quaccroître encore son exceptionnalité.
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Rares sont les héros, habituellement victorieux et à ce titre acclamés et célébrés, qui entrent également dans la légende pour leurs défaites. Cest pourtant le cas de Garibaldi lors de deux batailles perdues, Aspromonte et Mentana. Le vieux guerrier navait pas dit son dernier mot : à deux reprises, il allait tenter de semparer de Rome à la tête de ses "chemises rouges" pour en faire la capitale de lItalie. Sur les pentes de lAspromonte en Calabre, le 29 août 1862, Garibaldi est vaincu, blessé au pied par deux balles et fait prisonnier. Le roi et ses ministres, fiers de lavoir contenu et défait militairement, mésestiment pourtant la popularité de lencombrant et illustre prisonnier. Lopinion publique de lItalie et du monde entier sindigne de son sort et sinquiète de sa blessure. Les meilleurs chirurgiens européens se rendent à son chevet. En Angleterre, plusieurs milliers de personnes se rendent à Hyde Park pour un gigantestque rassemblement de protestation. Garibaldi sera finalement amnistié par décret royal en octobre avant de rejoindre Caprera. Dans la mémoire de cette bataille, Garibaldi devait passer pour un martyr aux yeux de lopinion italienne et pour les républicains, Aspromonte devenait la preuve de la duplicité de la monarchie. Garibaldi sétait sacrifié pour la cause de lunité italienne et de nouveau Caprera serait le refuge, le havre du héros incompris. Aspromonte appartient à une mémoire partisane de Garibaldi qui ne craint pas de remettre à mal la légende du héros invincible pour mieux souligner la lâcheté de la cour de Turin.
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Garibaldi proclama souvent son admiration pour lAngleterre, pays qui avait, selon lui, su concilier la liberté et lordre, allant même jusquà donner son gouvernement comme un modèle dorganisation de la démocratie, au même titre que la Suisse ou les Etats-Unis. Et les Anglais lui rendirent bien son admiration. Les premiers thuriféraires de Garibaldi appartiennent à lélite britannique. Ils acclament en lui lhomme qui condamne le pape, le catholicisme et combat les Français. La "garibaldimania" apparaît comme une des formes que prend lantipapisme renaissant en 1850, en réaction au Catholic Revival. Et si en 1862, les Anglais manifestent pour la libération de Garibaldi, cest parce quils ont été conquis, comme en témoignent les nombreuses biographies du héros. Lapogée de sa popularité se situe sans aucun doute au moment de lexpédition des Mille. La presse couvre lexpédition, les plus grands noms de lestablishment le soutiennent financièrement, tel le Duc de Wellington et Charles Dickens ! Par ailleurs, la "garibaldimania" nest pas sans effet sur le mouvement ouvrier anglais naissant. Une grande émotion saisira enfin lAngleterre en 1882, à lannonce de la mort de Garibaldi. La presse rappellera sa vie tumultueuse, la classe politique lhonorera comme lartisan de lItalie et la gauche rappellera ses appels en faveur de la démocratie républicaine. Le Premier ministre inuagurera lui une plaque commémorative sur les lieux qui avaient accueilli Garibaldi en 1864.
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Ouvrage de Howard Blackett, Life of Giuseppe Garibaldi, Italian Hero and Patriot, London, Preston, Walter Leigh, 1882. Les romantiques chromolithographies de ce livre sont de splendides exemples de la vision "fin 19ème" du héros libérateur Garibaldi.
Retiré à Caprera, où il reçoit des visiteurs venus du monde entier, il vit auprès de sa servante-maîtresse, Francesca Armosino, qui lui a donné trois enfants et quil finira par épouser en 1880. Il ne quittera plus son île que pour de brefs séjours sur le continent, et pour une ultime et glorieuse campagne dans la région de Dijon, lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. "Je viens donner à la France, déclare-t-il en débarquant à Marseille, ce quil reste de moi." Garibaldi ne prit pas part à lultime assaut contre Rome lancé par les Piémontais à la faveur de la geurre franco-prussienne. Pour compenser cet inachèvement, la légende insistera sur sa participation à la guerre, pour la République française et contre la Prusse, en 1870. Sans doute nest-il pas indifférent que cette bataille ait eu lieu hors dItalie: le cycle héroïque était de fait bouclé. Garibaldi, né à Nice, fait ses premières armes en Amérique Latine, et livre en France son dernier combat pour la liberté. Il retournera ensuite à Cabrera auprès de sa famille, quil ne quittera plus quexceptionnellement, occupant ainsi une sorte de magistrature morale sur les mouvements démocratiques, distribuant encouragements et critiques, jusquà sa mort en juin 1882.
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Lithographie (Milan, 1880) de Garibaldi, de sa troisième épouse Francesca Armosina et de ses six enfants.
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