Carlètou Malàussena

Les amis du Sourgentin savent tous ce que l’identité et la langue niçoises doivent à Charles Malaussèna. Co-fondateur de notre revue en 1970, il occupa pendant de nombreuses années le poste de Directeur de la Rédaction, avant d’en devenir le Président-fondateur. Le 30 janvier 2003, il nous a quittés. Pour évoquer l’Homme, nous avons fait appel à Francis GAG et aux mots prononcés en mars 1984 lors de la remise de sa Cigale d’argent.

Per iéu, Carlètou Malàussena es l’isemple perfet dóu mountagnart voulountari, testart, simple, drech. Sau cen que parlà vóu dire ; lu mot an un sens. E parlà, per éu, es agì. Sau si taià una dràia, si durbì un camin, entamenà e coumplì una obra. E sau trouvà lu mot que counvenon per entrahinà aquelu que soun alentour d’éu, quau que sigue lou viage. Mountagné l’es per li siéu ourigina. L’es finda per l’amistà que a per la mountagna.
Li siéu ourigina li descuerben en lu siéu pouèma…
"Li gent dóu miéu pais soun couma li mountagna
Que dau Gelas famous s’encalon vers la mar.
Au nort e au levant, vehès esta baragna
E de soumbre granit e de calcari clar !
… O mount dóu miéu pais, que n’en siès la natura,
Lu ome qu’avès fach an toui la testa dura !"…
Li a de gent que vous fan de discours, qu’anounçon de proujet maravilhous que van chavirà lou mounde. E tout resta de mot, mancou de vent : de courent d’ària. Carlètou Malàussena noun es d’aquela raça : lou 29 d’abriéu dóu 1968 lançava lou Rodou Nissart dóu Coulege Risso, mé d’intencioun que noun poudìon estre pu clari :
"Un ome sensa rais es d’erba que si seca. Pu proufoundi soun li rais, pu aut e fouòrt es l’aubre; e mai es aut e pu sente passà lu vent dóu mounde."
En lou fra temp èra naissut , en lou mes de mai dóu 1970, Lou Sourgentin. De 300 esemplari estampat per lou n°1, Lou Sourgentin es passat à mai de 3000. Pichina revista dóu quartié Risso, ahura es mandada en touta la França, en esquasi toui lu despartamen e meme en pais fourestié.
Li rasoun dóu suchès, li atrovan per segur en lou caracter de Carlètou Malàussena e en la qualità dai gent que s’atrovon embé d’éu per aquesta obra. Cau finda li cercà en li idèa que toui ensen si fan de la cultura regiounala. E aquela idèa va mé la larga dubertura dóu Sourgentin ai gent de touti coundicioun e de touti oupinioun ; aquéu journal auguent sauput souventi-fes si plaçà au dessoubre dei vani garrouia. Acò es tant la voulountà de Carlètou Malàussena que de toui aquelu atacat à la mema obra. Carlètou e lu siéu amic pouòdon toui avè la fiertà d’una obra ben coumplida mà jamai acabada.

Francis GAG, Nissa, lou dissata 3 de mars dóu 1984.

Pour moi, Carlètou Malàussena est l’exemple parfait du montagnard volontaire, têtu, simple, droit. Il sait ce que parler veut dire ; les mots ont un sens. Et parler, pour lui, c’est agir. Il sait se tracer une route, s’ouvrir un chemin, entreprendre et achever une œuvre. Il sait trouver les mots qui conviennent pour entraîner ceux qui l’entourent, quel que soit le voyage. Montagnard, il l’est par ses origines. Il l’est aussi par l’amitié qu’il porte à la montagne.
Ses origines, nous les découvrons dans ses poèmes…
"Les gens de mon pays sont comme les montagnes
Qui du Gélas fameux, descendent vers la mer.
Au nord et à l’est, voyez cette barrière
De sombre granit et de calcaire clair.
… O monts de mon pays qui en êtes l’ossature,
Les hommes que vous avez faits ont tous la tête dure ! "
Il y a des gens qui font des discours, qui annoncent des projets merveilleux qui vont bouleverser le monde… Et leurs paroles demeurent des mots, même pas des vents : des courants d’air. Carlètou Malausséna n’est pas de cette espèce : le 29 avril 1968, il lançait le Cercle Niçois du Collège Risso, avec des intentions on ne peut plus claires : "Un homme sans racines c’est de l’herbe qui sèche. Plus profondes sont les racines, plus haut et plus fort est l’arbre ; et plus il est haut, mieux il sent passer les vents du monde."
Pendant ce temps, au mois de mai 1970, était né Lou Sourgentin. De 300 exemplaires pour le n° 1, Lou Sourgentin est passé à plus de 3 000. Petite revue du quartier Risso, la voici rayonnant sur toute la France, sur presque tous les départements, et même en de nombreux pays étrangers.
Les raisons du succès nous les trouvons dans le caractère de Carlètou Malausséna et dans la qualité de l’équipe attachée à l’œuvre commune. Et encore dans l’idée que tous ont de la culture régionale. Et cette idée concorde avec la large ouverture du Sourgentin aux personnes de toutes conditions et de toutes opinions ; ce journal ayant su, très souvent, se placer au dessus des vaines querelles. Cela tant par la volonté de Carlètou Malausséna que par celle de tous ceux qui sont attelés à la même œuvre. Carlètou et ses amis peuvent tous avoir la fierté d’une œuvre bien conduite mais jamais achevée.