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Le temps de Toussaint. Le Cimetière du Château de Nice |
Avant de se plonger
dans quelque méditation, disons tout de suite que le choix dune
étude particulière du Cimetière du Château
procède dune raison majeure : cest le premier cimetière
sur le premier lieu de création de Nice. Ainsi est justifiée
la priorité donnée.
Il
pourra nous être répliqué que le Cimetière
de Caucade, ou celui de Cimiez, méritaient aussi une étude,
car la lecture des noms sur leurs tombes donne aussi de ces lieux de
mémoire un reflet de lHistoire de Nice. Cest vrai.
Mais alors, pourquoi ne pas traiter aussi du Cimetière de Saint-Barthélémy
et de celui de Saint-Roch et de celui de Gairaut ?
Ainsi
Lou Sourgentin serait devenu un " Whos who ? " funéraire,
une sorte de livret dadresses des défuntes célébrités.
Et la place nous aurait fait défaut pour nous consacrer aux traditions,
à lhistorique du sort réservé aux morts,
aux rites pour les honorer, à lorigine des mots utilisés,
aux réflexions et méditations de poètes et décrivains
sur le destin qui nous attend tous.
Voici,
dans ce dernier domaine, quelques impressions personnelles :
Pour
avoir aperçu, de loin, les tiroirs du Cimetière de lEst,
et pour avoir regardé, de près, tombes, chapelles, monuments
du Cimetière du Château, il ma semblé que
sur notre acropole les inégalités du temps de la vie ont
davantage de persistance que sur les hauteurs au dessus du Paillon.
Il ne faut pas sen étonner, encore moins sindigner.
Lon retrouve dans ce cimetière ancien la survivance de
coutumes qui nous viennent du fond des âges, du fond de lâme
humaine. Ainsi naquirent les mastabas, les pyramides, les mausolées,
signes de la puissance des illustres disparus et de leurs familles.
Nous ne sommes plus au temps des pyramides. Et cependant
Pour
modérer les excès inégalitaires, lEglise
a supprimé les "classes" denterrements. Ce qui
nest pas le cas des officines de croque-morts qui font payer le
prix fort et qui tiennent compte de la qualité du bois et du
nombre de clous chromés sur le cercueil. Il est vrai que, de
plus en plus dhommes et de femmes exigent une cérémonie,
une tombe ou une urne "simples". Des célébrités
ont voulu sopposer aux excès prévisibles. Ainsi
le général de Gaulle avait demandé par écrit,
longtemps avant sa mort, des obsèques sans discours ni pompe.
Ainsi Giuseppe Verdi voulait à son enterrement "deux prêtres
et deux bougies". Hélas, les survivants ne respectent pas,
ou ne peuvent toujours respecter les volontés des morts.
On
pourra avancer pour expliquer, pour excuser, que la magnificence est
signe de lAmour porté au trépassé par ses
proches ou la preuve de lattachement de la foule. Serait-ce que
la reconnaissance se mesure à la hauteur dun monument ?
LAmour se mesurerait-il à la splendeur dune statue,
à la qualité dun marbre ? Au point que les pauvres
et les déshérités seraient lésés
jusque dans la mort !
Tout
cela conduit à penser quau Cimetière du Château,
comme dans la plupart des cimetières, la partie hors du sol est
terrain des dernières vanités et que seule la partie souterraine
est domaine de la réalité : légalité
devant la mort.
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