Le temps de Toussaint.

Le Cimetière du Château de Nice

 

Edito du numéro 148

Avant de se plonger dans quelque méditation, disons tout de suite que le choix d’une étude particulière du Cimetière du Château procède d’une raison majeure : c’est le premier cimetière sur le premier lieu de création de Nice. Ainsi est justifiée la priorité donnée.
Il pourra nous être répliqué que le Cimetière de Caucade, ou celui de Cimiez, méritaient aussi une étude, car la lecture des noms sur leurs tombes donne aussi de ces lieux de mémoire un reflet de l’Histoire de Nice. C’est vrai. Mais alors, pourquoi ne pas traiter aussi du Cimetière de Saint-Barthélémy et de celui de Saint-Roch et de celui de Gairaut ?
Ainsi Lou Sourgentin serait devenu un " Who’s who ? " funéraire, une sorte de livret d’adresses des défuntes célébrités. Et la place nous aurait fait défaut pour nous consacrer aux traditions, à l’historique du sort réservé aux morts, aux rites pour les honorer, à l’origine des mots utilisés, aux réflexions et méditations de poètes et d’écrivains sur le destin qui nous attend tous.
Voici, dans ce dernier domaine, quelques impressions personnelles :
Pour avoir aperçu, de loin, les tiroirs du Cimetière de l’Est, et pour avoir regardé, de près, tombes, chapelles, monuments du Cimetière du Château, il m’a semblé que sur notre acropole les inégalités du temps de la vie ont davantage de persistance que sur les hauteurs au dessus du Paillon. Il ne faut pas s’en étonner, encore moins s’indigner. L’on retrouve dans ce cimetière ancien la survivance de coutumes qui nous viennent du fond des âges, du fond de l’âme humaine. Ainsi naquirent les mastabas, les pyramides, les mausolées, signes de la puissance des illustres disparus et de leurs familles. Nous ne sommes plus au temps des pyramides. Et cependant…
Pour modérer les excès inégalitaires, l’Eglise a supprimé les "classes" d’enterrements. Ce qui n’est pas le cas des officines de croque-morts qui font payer le prix fort et qui tiennent compte de la qualité du bois et du nombre de clous chromés sur le cercueil. Il est vrai que, de plus en plus d’hommes et de femmes exigent une cérémonie, une tombe ou une urne "simples". Des célébrités ont voulu s’opposer aux excès prévisibles. Ainsi le général de Gaulle avait demandé par écrit, longtemps avant sa mort, des obsèques sans discours ni pompe. Ainsi Giuseppe Verdi voulait à son enterrement "deux prêtres et deux bougies". Hélas, les survivants ne respectent pas, ou ne peuvent toujours respecter les volontés des morts.
On pourra avancer pour expliquer, pour excuser, que la magnificence est signe de l’Amour porté au trépassé par ses proches ou la preuve de l’attachement de la foule. Serait-ce que la reconnaissance se mesure à la hauteur d’un monument ? L’Amour se mesurerait-il à la splendeur d’une statue, à la qualité d’un marbre ? Au point que les pauvres et les déshérités seraient lésés jusque dans la mort !
Tout cela conduit à penser qu’au Cimetière du Château, comme dans la plupart des cimetières, la partie hors du sol est terrain des dernières vanités et que seule la partie souterraine est domaine de la réalité : l’égalité devant la mort.

Sommaire du numéro 148

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