Lou Sourgentin 156 :

Noblesse en pays niçois

 

>> Refles e reflecioun

La manièra que sian estat fourmat, à cuntà de la nouostra enfantuègna, a pouscut, sensa voulé, faire dubità certen tra nautre, de l’utilità de la noublessa, e meme fa naisse una maufidença per ela, maugrà l’Istoria o bessai dau sieu fach. Lou gran e nechessari pes dei lissoun sus la Revoulucioun francesa e, en seguida, de doui secoulou de Repùblica, parangounat ai autre periodou de l’Istoria, soun, sensa dubi, l’encausa d’aqueu reflès.
Es cenqu’esprima, m’una vera crudelità un autour italian, Victor Alfieri (1749-1803) : "Esista una categouria de gent que si valantea embé ourguèi d’estre ilustre despì tanti generacioun, ben que despì bèu temp està en una oucioua inutilità."
E pura, la noublessa es tant invidiada qu’es repoussada ; es aquì un parados. Ensinda, noun es quist que de gent "qu’an de sòu" fan dai pen e dai man per aquistà un titre de noublessa o per countrahì una aliança mé quauque familha nobla meme sensa argen. Au countrari, es ben ver que li a gaire de counsideracioun per un noble sensa fourtuna ; un prouverbou nissart es prova d’aqueu sentimen : "Noublessa sensa argen es un calen sensa oli".
D’una autra part, souventi fes s’emplega lou mot noublessa e lu mot de la mema familha, per metre en valour quaucaren de bèu, de gran, de destint, meme de courajous. De fach si parla de noublessa dei sentimen, d’un pourtamen plen de noublessa, d’un gest noble, de letra de noublessa, de noublessa dòu couor.
Cau dire qu’en touti aqueli espressioun lou sens de noublessa noun es plus aqueu d’una classa souciala. E Guillaume Bouchet (1513-1594) fa ben la diferença entre lu doui sens : "La vera noublessa si gagna en vivent e pas en naissent". Rejougne ensinda lou Don Juan de Molière : "Noun, noun, la naissença es ren se li a pas la virtù". Que lu Nissart reviron simplamen en lou prouverbou : "Qu a ounour es signour", laissant acapì que la rechiproca noun es toujou vera.

da Raoul NATHIEZ e Rougié ISNARD

>> Réflexes et réflexions

Notre formation générale acquise dès l’enfance a pu, inconsciemment, faire douter certains de l’utilité de la noblesse, voire provoquer une méfiance à son égard, malgré l’Histoire ou peut-être à cause d’elle. Le poids important et indispensable des cours concernant la Révolution française et, partant, de deux siècles de République, par rapport à l’ensemble des autres périodes historiques, sont sans doute à la base de ce réflexe.
C’est ce qu’exprime, avec une certaine cruauté, un auteur italien, Victor Alfieri (1749-1803) : "Il y a une certaine classe de gens qui se vante avec orgueil d’être illustre depuis plusieurs générations, quoique depuis longtemps elle demeure dans une oisive inutilité."
Et pourtant, la noblesse est autant enviée que repoussée ; c’est là un paradoxe. Ainsi il n’est pas rare que les gens "qui ont de l’argent" n’aient de cesse d’acquérir un titre de noblesse ou de contracter une alliance avec quelque famille noble même désargentée. Il est vrai, qu’en contre-partie, on considère peu un noble sans fortune ; un proverbe niçois atteste de cette attitude : "Noublessa sensa argen es un calen sensa oli" (noblesse désargentée est une lampe à huile sans huile).
D’autre part il est courant de recourir au terme noblesse et à ses dérivés, pour appuyer l’exemplarité de quelque chose de beau, de grand, de distingué, de majestueux, voire de courageux. Ne parle-t-on pas de la noblesse des sentiments, d’une attitude pleine de noblesse, d’un geste noble, de lettres de noblesse, de noblesse du cœur ? Il est vrai que dans toutes ces expressions le sens de noblesse ne désigne plus une classe sociale. Et Guillaume Bouchet (1513-1594) fait bien la différence entre les deux sens : "La vraie noblesse s’acquiert en vivant et non en naissant". Il rejoint ainsi le Don Juan de Molière : "Non, non, la naissance n’est rien où la vertu n’est pas". Ce que les Niçois traduisent simplement par le proverbe : "Qu a ounour es signour" (Qui a honneur est seigneur), qui laisse entendre que la réciproque n’est pas toujours vraie.

 

 

Au sommaire de ce numéro :

4. Une histoire mouvementée et originale, Jean-Michel BESSI

5. Girouette ou serviteur de l’Etat ?, Jean-Michel BESSI

7. Milon de Véraillon, Louis GOURNNET

8. Un faux comté sans comte : le comté de Nice, Hervé BARELLI

10. La noblesse locale a-t-elle usé de son droit de cuissage ?, Isabelle ROCCA

11. Perqué li "manairouns" de San Dalmas ?, Miquéu FULCONIS

12. Nobles des rues de Nice, Marguerite et Roger ISNARD

14. Le destin tragique de Béatrice de Tende, Roger ROCCA

16. Les comtes de… Contes, Roger GASIGLIA

17. Lou pourtau dóu marquis, Pierre ISNARD

18. Les Lascaris da Briga, Luc THEVENON

20. Les de Gubernatis, Sonia DIAZZI

21. André Masséna, prince d’empire, Lauro THENAZI

22. Nobles des proverbes et dictons, Gérard CHANUT

24. Les Grimaldi de Beuil, Raoul NATHIEZ

26. Raimon Féraud : noble, moine et poète, Robert BISTOLFI

28. Armoiries du Pays niçois, Dessins de jean-François LAUGERI

30. Au travers des mots : noblesse, roture et peuple, Gérard CHANUT

31. Peoui revengut, Jouan NICOLA

32. Les Gilletta de Saint-Joseph, Dominique VEUX-ROCCA

34. Le comte Salmatoris Rossillion du Villar, Colette BOURRIER-REYNAUD, Michel BOURRIER

36. A la tête de la marine italienne, Roger ROCCA

37. Les Lascaris de Tende, évêques de Riez, Luc THEVENON

38. Carnaval 2003, Gé ALBARELLI

40. Lu cougourdoun de Laura, Miquéu FULCONIS

41. Les cougourdons d’Antoine, Marinette BOLLA, traduction niçoise de Jean PASTOUR

41. Lou Rei Carneval, G.-A. MOSSA

42. Lu belicre, de Christiane BAILET

44. Echos et Courrier, sélectionné par Raoul NATHIEZ

45. Escac e… mat, de Jacques NEGRO

46. Lou Sourgentin et vous : Luc François Thévenon prend sa retraite ; Stage "Patrimoine" au Sourgentin ; Tra nautre

48. Aigre-dous, de Raoul NATHIEZ

50. Caminada, de Gé ALBARELLI : "Da Granile ai Bessoun de Berghe"

51. Expositions par Hélène GALLI : "Paul Pacotto"

52. Lenga nissarda, de Roger GASIGLIA : "Lu doui àe" de Louis Genari

53. Mastegada, de Raoul NATHIEZ : "Gnoc à la roumana ai espinouòs"

54. Pajo de Prouvenço, de Jean VINCENTI : "Lis insurgent", d’Alphonse Mistral

55. Noumenàia dai nouòstre pais, de Miquéu FULCONIS (suite) : "Chans e Tinèa"

55. Villages d’ici, de Raoul NATHIEZ et Roger ROCCA : Beuil