Lou Sourgentin 158 : Carras, l'Arénas

 

>> De Carras en California… o la counquista dóu Pounent

Per un Nissart d’en Vila Vielha, qu’estaìa sempre dapé de Paioun, outrepassà la couòla dei Baumeta e Magnan, per s’estirassà fin à Caucada o Sant-Augustin, semblava esquasi l’aventura ! Bessai, era la memòria d’un espaci dangerous, couma una "terra de degun", per revirà en lenga nouostra un "no man’s land", que menava au confin seculari dóu Var, de doun vengueron tanti fès guerra e malan. Lou flume éu-meme, sensa pouont fin au segle des-e-vuech, baroulava tra iscla e palus qu’agradavon soubretout ai cassaire e …ai granouia.
D’un autre coustà, au miejou, à Santa-Elena o à Carras, era la mar, bela, generouha, ma gaire rasseguranta per touplen de Nissart, atacat ai siéu oulivié ; e d’aquì, poudìa bessai surgì quauqu coursari barbaresc ! Pura, la vista era embarluganta, atrativa per touplen de pintre, soubretout au levant, devers Nissa encourounada per lou siéu Castéu e la conca dei mount. L’aristoucracìa nissarda couma fourestiera, que s‘enganava gaire, avìa bastit de palai, au mitan de vasti campagna, ma, es ver que restavon, emé cautela, damoun en li couòla…
Aquesta riba de mar s‘acabant à la fous dòu Var, pourgìa un espaci vueì, dubert à una "Counquista dòu Pounent " tant ben moustrada en la bela espousicioun dei Archiva Coumunali… Nissa a pouscut trouvà aquì la plaça qu’avìa da besoun per li coursa de cavau, lu estudio de cinemà e lou terren d’aviacioun devengut areoupouort internaciounal, sensa denembrà lou pole terciari de l’Arenas.
Aloura, noun serìa d’asart se lou noum de Californìa pareisse jà circa lou 1850, e tendrìa de faire s’esvanì, souta la siéu simbòlica prestigiouha lou vieilh noum de Carras… sensa l’afet apassiounat e la lucha dei gent d’aquéu vilage ? Aspre destin, de fach, per una bourgada de pescadou, à la sousta de l’antica paròquia de Santa-Elena, que de finì negada en lou betun, meme glourious e ric, de la Proumenada dei Inglès que l’aluegna de la mar, mentre que lou camin de ferre e la vìa que si di plus gaire " rapida ", li levon encara de quietessa !
Cadun a jà acapit que li "reserva foundieri" fan si jugà aquì l’avenì de Nissa : au Pounent, alentour de l’areoupouort e dei tourre de buréu de l’Arenas. Sian jà rassegurat de veire que lou quartié a sauput aculhì de luec d’ensegnamen, ma tamben de cultura, embé de museou o lou " Parc Fenis ". Pura, si pòu ancuei augurà que d’aquest ambient califournenc noun si pilherà soulet lou pèjou de la vida americana, em’una vila impersounala estoufada d’autoumoubila, ma que lou quartié sauprà estaire nissart e garderà quauqu jardin, de pichini maioun, un pouort, en un mot…la siéu ànima !
Couma l’aurìa pouscut dire lou paure Eynaudi : "Laissas-mi lou pantai !"

da Jouan-Miquéu Bessi

De Carras en Californie… ou la conquête de l’Ouest

Pour un Niçois de la Vieille Ville, ayant toujours vécu près des rives du Paillon, dépasser les Baumettes et Magnan, pour aller jusqu’à Caucade ou Saint-Augustin, relevait presque de l’aventure ! Peut-être était-ce le souvenir d’un espace dangereux, comme un " no man’s land " menant à la frontière historique du Var d’où vinrent si souvent les guerres et autres malheurs. Et ce fleuve lui-même, franchi par un pont depuis le 18e siècle seulement, divaguait à travers des marécages n’attirant guère que chasseurs et… grenouilles.
De l’autre côté, vers le sud, face à Sainte-Hélène ou Carras, s’étendait la mer, belle et généreuse, mais assez inquiétante pour beaucoup de Niçois surtout attachés à leurs oliviers ; de là pouvait peut-être surgir quelque corsaire barbaresque ! Pourtant la vue était éblouissante et appréciée de nombreux peintres, surtout vers l’est, avec Nice couronnée de son Château et de son cirque de montagnes. L’aristocratie, niçoise comme étrangère, qui se trompait rarement, y avait dressé ses "palais" au cœur de vastes domaines, mais restant prudemment en hauteur sur les collines…
Ce littoral, s‘achevant sur le delta marécageux du Var, offrait donc un espace libre pour cette "Conquête de l’Ouest" si bien présentée par la belle exposition de Archives Municipales. Nice put trouver là les terrains nécessaires pour un hippodrome, des studios de cinéma, un champ d’aviation devenu notre aéroport international, sans oublier le récent pôle tertiaire de l’Arénas.
Ne serait-ce alors pas par hasard si le nom de Californie apparaît dès les années 1850, et tendrait à faire aujourd’hui disparaître sous sa prestigieuse symbolique le vieux nom de Carras, sans l’attachement passionné et le combat des habitants de ce village ? Rude destin, en effet, pour cette bourgade de pêcheurs, sous la protection de sa vieille paroisse de Sainte-Hélène, que de finir noyée dans le béton, même prestigieux et riche comme celui de la Promenade des Anglais, qui l’éloigne de la mer, tandis que la voie ferrée et celle que l’on ne dit plus guère "rapide" achèvent de lui enlever sa tranquillité !
Chacun a déjà compris que les "réserves foncières" font se jouer ici l’avenir de Nice : à l’Ouest, près de l’aéroport et des tours de bureau de l’Arénas. Nous sommes rassurés de voir que le quartier a su accueillir des lieux d’enseignement, mais aussi de culture, comme des musées ou le Parc Phœnix. Pourtant, on peut aujourd’hui souhaiter que, dans cette ambiance californienne, on ne prendra pas seulement le pire de ce qui fait le mode de vie américain, avec une ville impersonnelle étouffant sous les automobiles, mais que ce quartier saura rester niçois, gardera quelques jardins, de petites maisons, son port, en un mot son âme…

Comme aurait pu le dire Eynaudi : "Laissez moi le rêve" !

J-M Bessi

 

Au sommaire de ce numéro :

4. Nice-Ouest, l’irruption de la modernité, Robert BISTOLFI

8. Carras d’un temp, interview d’Adoufe VIANI

10. Kiki Cavallo ou les rougets de Carras, Raoul NATHIEZ

12. La rue était à nous, Anita LAZZARI-THOMSEN

13. Carras, lou miéu quartié, Peire TURBIN

14. Le musée des arts asiatiques, Gé ALBARELLI

15. Une incursion barbaresque à Carras, Robert BISTOLFI

16. Lou miéu quartié, Jouan PIZZO

16. Escasi lo jardin d’Eden, Escoulan de R. Dufy

17. L’Enfance Populaire Nice-Ouest, Anita LAZZARI-THOMSEN

18. Charles MARTIN-SAUVAIGO, Anita LAZZARI-THOMSEN

20. La cala ai pignou, Louise SGARAVIZZI-NAVELLO

20. Lou camin dóu lamparou, Roger ROCCA

21. Le pointu nissart, dessin de Jean-François LAUGERI

22. Dai Baumeta fin à Carras, Rémy GASIGLIA

24. L’Arénas, Gé ALBARELLI

26. Rêver autour d’un nom : Carras, Gérard CHANUT

27. Rêves grecs, Gérard CHANUT, Roger ROCCA

28. Le Parc Phœnix, Robert BISTOLFI

30. Châteaux et "folies" de Carras, Jean-Michel BESSI

32. Haliotis, Gé ALBARELLI, Jo GASPARETTI

34. Joseph ANDRE, journaliste et romancier niçois, Maurice MAUVIEL

36. Apollinaire et Nice, Alex BENVENUTO

38. Décentralisation et avenir de la langue d’oc, Robert BISTOLFI

39. Noumenaia, Miquéu FULCONIS

40. Teatre nissart, de Rémy GASIGLIA : "La Sabatiera", "Recordansa", pièces de Steve BETTI.

41. Pais d’Oc : "Se canta", "O la miéu paura Niça"

42. Belicre, de Christiane BAILET

44. Echos et Courrier, sélectionné par Raoul NATHIEZ

45. Escac e… mat, de Jacques NEGRO

46. Lou Sourgentin et vous

48. Aigre-dous, de Raoul NATHIEZ

50. Caminada, de Gé ALBARELLI : "Saint André de Pelasque"

51. Pais gavouòt, d’Ely ROUBAUDY "Noun s’enganar"

52. Lenga nissarda, de Raoul NATHIEZ : "Autoun" de Jan Pastour ; Certificat d’Etudes Niçoises

53. Expositions par Hélène GALLI : "Bernard RICHARD"; Exposition TORTOROLO à Bonson

54. Mastegada, de Raoul NATHIEZ : "Mà que fau mé…". "Les secrets du régime niçois", d’Isabelle ROCCA

55. Le chemin Saint Yriel, de Jacques DALMASSO

56. Villages d’ici, d’Alain FARAUT : Utelle; "La pierre des Juifs", de Danielle BAUDOT-LAKSINE, présenté par Raoul NATHIEZ

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