Lou Sourgentin 160 :

Les Anglais à Nice

 

>> An lançat e fach la Nissa touristica

Souventi fes lu autour an lou gust de pilhà d’escourcha. Es ensinda que si pòu liegì : "Soun lu Englés qu’an lançat e fach lou tourism d’invern à Nissa", acò perqué Tobias Smollett laudet la nouostra regioun, perqué lou Reverent Lewis Way auguet l’idea de coustruì un bouon camin au lonc de la nouostra Baia dei Ange, perqué la regina Vitoria faguet de noumbrous e lonc soujourn au nouostre. De que rendre jilous lu Russou que vengueron en fouorça, Tsar, Tsarina e Tsarevitch en testa.
L’escourcha en l’escritura es nemiga de la verità. Pilhen-li garda e remenbren, per isemple, que sensa lu va-e-ven entre Nissa e Paris dòu nouostre prefet Gavini de Campile que servia de ligamen entre lou nouostre consou Frances Malaussena e lou nouostre rechent Imperatour Napouleoun III, Nissa noun auria counouissut lou defoulapamen que fouguet lou sieu apres lou 1 860.
Remenbren finda que lou pichin pople auguet la sieu part en la nouostra abriva. Tantu paisan s’en calèron dai sieu mountagna sus la riba de mar per s’emplegà au camin de ferre o en l’ousteleria. Tantu immigrant italian, bouoi muradou, an obrat per bastì lou Cimies imaginat da S.M. Biasini.
De frema, couma ma maigrana, meteron sus la sieu testa, en un maestous equilibre, de gouorba de flour, de frucha e de lieume per anà lièurà li gent d’ensamount. D’ome, couma moun paigran, fagueron lou tourn dei otel per estamà casserola e pairòu dei grani couhina. D’autre ome rempalheron li cadièra o remplaceron lu vitre rout o si fagueron couchié.

D’autri frema lavèron en Palhoun lou linge dei ric invernant. D’artista moudest e genial s’emplegueron à fa passà lou temp ai oupulent desobrat en dounant una nova vida à una coustuma que li ourigina si perdon en lu abis de l’Age Mejan, lou Carneval. Fantin, ome d’escuria, bouquemaker dei camp de coursa, croupié dei casino, envideron de foga qu’avion de sòu à desbarassà dei echès de fourtuna.

Aloura noun resisten plus ; anen si laissà calà en lou vici delicious dei autour ai escourcha e dounà respouosta à la demanda : "Qu a lançat e fach la Nissa touristica dei invern e pu tardi dei estieu ?" m’una fourmula sensa rèplica : "Es lou soulèu e lou pichin pople !"
La verità s’atrova en un mesclun soutiéu e treboulat, fach d’escambi entre de poupulacioun disparati e de classa souciali ai poudé ecounoumic diferent, doun l’ome dòu paìs, souta lou cieu ciel atraient, a perdut, à pau à pau, de la sieu identità.

Raoul NATHIEZ, Diretour de la Redacioun

"Ils" ont lancé et fait la Nice touristique

Souvent les auteurs ont le goût de la formule lapidaire. Ainsi peut-on lire : "Ce sont les Anglais qui ont lancé et fait le tourisme hivernal à Nice", sous prétexte que Tobias Smollett loua notre région, que le Révérend Lewis Way eut l’idée de faire tracer un bon chemin le long de notre Baie des Anges, que la reine Victoria fit chez nous de nombreux et longs séjours. De quoi rendre jaloux les Russes qui vinrent en force, Tsar, Tsarine et Tsarévitch à leur tête.
Le lapidaire est ennemi de la vérité. Gardons-nous en et rappelons par exemple que sans les allers-retours entre Nice et Paris de notre préfet Gavini de Campile qui servait de lien entre notre maire François Malaussena et notre récent Empereur Napoléon III, Nice n’aurait pas connu le développement qui fut le sien dès après 1 860.
Rappelons aussi que "les petites gens" contribuèrent largement à notre essor. Nombre de paysans "descendirent" de leur montagne sur la côte pour s’employer dans le chemin de fer ou dans l’hôtellerie. Nombre d’immigrés italiens bons maçons, ont œuvré pour construire le Cimiez que conçut S.M. Biasini. Des femmes, comme ma grand-mère, mirent sur leur tête, en majestueux équilibre, des corbeilles de fleurs, de fruits et de légumes pour aller livrer "les gens d’en haut". Des hommes, comme mon grand-père, firent le tour des hôtels pour rétamer casseroles et chaudrons des grandes cuisines. D’autres hommes rempaillèrent les chaises ou remplacèrent les vitres brisées ou se firent cochers.
D’autres femmes lavèrent dans le Paillon le linge des riches hivernants. Des artistes modestes et géniaux s’employèrent à distraire les opulents désœuvrés en renouvelant une coutume dont les origines se perdent dans les profondeurs moyenâgeuses, le Carnaval. Jockeys, lads, bookmakers du champ de course, croupiers des casinos, invitèrent des foules argentées à se délester de leur excès de fortune.
Alors, ne résistons plus, tombons nous aussi dans le délicieux travers des auteurs aux formules trop brèves et répondons à la question : "Qui a lancé et fait la Nice touristique des hivers et plus tard des étés ?" par un lapidaire : "C’est le soleil et les petites gens !"
La vérité réside dans une symbiose subtile et tourmentée de populations disparates et de classes sociales aux pouvoirs économiques différents où l’autochtone, sous son ciel attirant, a perdu peu à peu de son identité.

Raoul Nathiez, Directeur de la Rédaction

 

Au sommaire de ce numéro :

Dossier : "Les Anglais à Nice"

1. An lançat e fach la Nissa touristica, l’éditorial de Raoul NATHIEZ

4. Niçois et Anglais, Raoul NATHIEZ

6. Nice fut-elle une colonie de l’Angleterre ?, Jean-Michel BESSI

8. Un tour de Nice anglais, Raoul NATHIEZ

10. Les églises britanniques de Nice, Luc THEVENON

14. Brighton, la Nissa de l’Engleterra, Gé ALBARELLI

16. De "Nice is nice" à "Nissa la bella", Gérard CHANUT

18. L’influence anglaise sur les jardins niçois, Dominique VEUX-ROCCA

20. Tobias Smollett, le malveillant, Robert BISTOLFI

22. Naissance d’une artère prestigieuse, Raoul NATHIEZ

24. Amours tumultueuses entre Anglais et Niçois, Isabelle ROCCA

26. S.M. Biasini e lu Englès, Adoufe VIANI

27. Un amour de pichina englesa, Jacques DALMASSO

28. Passion anglaise pour Garibaldi, Alexandre BOZA

30. Nos hôtes, Jean-Michel BESSI

31. Eglise anglicane et casino, Gérad CHANUT

32. Louis Infernet, contre-amiral nissart, Jouan GARAVAGNO

33. Joseph Bavastro, Carmen et Jean d’ARRIPE

34. Les Anglais dans la Résistance, Roger ROCCA

36. Association France-Grande Bretagne, Mary PERES

37. Lou pintre balarin, Rougié ROCCA

37. The sailors home, François BAUDOIN

40. Le magazine du Sourgentin

40. Belicre, de Christiane BAILET et Raoul NATHIEZ

41. Li noumenaia dai nouòstre pais, de Miquéu FULCONIS

42. Pajo de Prouvenço, de Monique BALDELLI : "La danso dei boufet"

43. Mastegada, par Raoul NATHIEZ : recette de Mme Laugier "Tarta de tantifla" ; "A propos de la Capelina d'Or" Pais gavouòt, d’Ely ROUBAUDI : "D'un tem, lei counscris"

44. Echos et Courrier, sélectionné par Raoul NATHIEZ

45. La siéu idèa, de Gé ALBARELLI ; Escac e… mat, de Jacques NEGRO

46. Lou Sourgentin et vous l 48. Aigre-dous, de Raoul NATHIEZ

50. Caminada, de Gé ALBARELLI : "Un dei valoun escur : Lou Donarèo"

52. Lenga nissarda, de Raoul NATHIEZ : "A l’auciprié nissart" de Pierre Isnard

53. Pepe Boumba, de Gé ALBARELLI

54. Villages d'ici, de Robert BISTOLFI : Clans

55. Patrimoine, de Donice GOZUN : L'aigle de Nice

56. Expositions par Hélène GALLI : "Chouettes et chats : deux regards".

 

Et toujours disponibles chez votre libraire : les numéros 159, 158…