Lou Sourgentin 161 :

La colline du Château

 

 

>> Un’isoula, una couòla, un couòr…

D’un’isoula en la mar à un’isoula en bèu mitan de la vila, dai ome de Terra Amata fin en aquelu d’ancuèi, en 400 000 an si serà passat quaucaren sus la couola d’en Castèu mancou durant 1 000 an : un opidum ligure (bessai), de maioun de Grec (e encà n’en sian pas segur), pi, ben pu tardi, una plaça fouorta qu’a dounat un noum à la couola ; e à la fin, una plaça fouorta destrucha. E tout lou rest dòu temp, un’isoula en mar o una couola isoulada vuèia.
Sabiavan que Nissa era una vila couma n’i a gaire, especialisada en lu parados. Ma aquì es lou pu bèu : Nissa es la souleta vila de França que lou sieu centre proumié esista plus, la souleta, bessai, en Europa, que lou sieu luèc de naissença es despareissut ! Ven à mau de lou si creire. E pura… La vila d’ancuèi fa mieja courouna autour d’un roucas vuèi cubert d’aubre.
Lou proumié brès de la vila ? La "Vila Auta" li es plus ! Un castèu ? Noun esista plus ! Cen que sounan la Vielha Vila ? Es la Vila Bassa, l’anciena vila nova ! Lou segount bres de la vila, es à dire Cimiès, lou Cemenelum dai Rouman ? Li soun plus que de rouina, pi lou luèc es estat urbanisat, en bouona part, per lu Englès. De que s’estounà.
E d’aquela gloria de la França, Louis lou XIVe, vist la destrucioun qu’a ourdounada, mai vau nen pas parlà ai Nissart. Es encà una manièra de noun faire couma lou rest de la França : es acò l’identità. Fa que li a una souleta gloria en lou ciel dòu Castèu, es Catarina, es la Segurana, meme s’era "maufacha".
Catarina es en lou couor dei Nissart. E maugrà tout, lou Castèu es au couor de Nissa : cada jour, sigue per faire lu proumié pas, si passejà, anà à la coursa de campò entre mar e ciel, jugà à la pelota o ai bocha, amirà de panourama espatoufiant, si calignà, si tirà lou poutret dòu matrimoni, s’endaurà au soulèu e meme per li si faire souterrà, de gent de touta la vida nissarda li si puon, en l’isoula, sus la couola venguda parc.
Cada miejou lou bate-couor si sente encà : lou canoun fa levà lu uès, marca la batuda dei jour, dòu temp que passa. En delà dei generacioun, lou couor bate en un vuèi plen de vida.

G. ALBARELLI, J.-M. BESSI, R. NATHIEZ, Diretour de la Redacioun


D’une île dans la mer à une île en pleine ville, des hommes de Terra Amata jusqu’à ceux de nos jours, en 400 000 ans, il ne s’est passé quelque chose sur la colline du Château que durant moins de 1000 ans : un oppidum ligure (peut-être), des habitations de Grecs (et nous n’en sommes pas certains), puis, bien plus tard, une place forte qui a donné un nom à la colline ; enfin une place forte détruite. Et tout le reste du temps une île en mer, ou une colline isolée vide.

Nous savions que Nice était une ville comme il en existe peu, spécialiste des paradoxes. Ici se trouve le plus insolite : Nice est la seule ville de France dont le centre premier n’existe plus, la seule, peut-être, en Europe dont le lieu de naissance a disparu ! C’est difficile à croire. Et cependant… La ville actuelle forme une demi-couronne autour d’un gros rocher couvert d’arbres.
Le premier berceau de la ville ? La Ville Haute n’est plus là ! Un château ? Il n’existe plus ! Ce que nous appelons la Vieille Ville ? C’est la Ville Basse, l’ancienne nouvelle ville ! Le second berceau de la ville, c’est-à-dire Cimiez, le Cemenelum des Romains ? Il n’y a plus que des ruines et le lieu a été urbanisé en grande partie pour les Anglais. De quoi s’étonner.
Et de cette gloire de la France, Louis le Quatorzième, en raison de la destruction qu’il a ordonnée, mieux vaut n’en pas parler aux niçois. C’est encore une manière de se singulariser du reste de la France : c’est ça l’identité. Aussi, n’existe-t-il qu’une seule gloire au ciel du Château, c’est Catherine, la Ségurane, même si on la surnommait "la mal faite".
Catherine est dans le cœur des Niçois. Et malgré tout le Château est au cœur de Nice : chaque jour, que ce soit pour faire ses premiers pas, se promener, "jogger" entre mer et ciel, jouer au ballon ou aux boules, flirter, faire des photos de mariage, se dorer au soleil et même s’y faire enterrer, des gens de toute la vie niçoise montent dans l’île, sur la colline devenue parc.
Chaque midi le battement du cœur s’entend encore : le canon fait se lever les yeux, bat la mesure des jours, du temps qui s’écoule. Par-delà les générations, le cœur bat dans un vide plein de vie !

G. ALBARELLI, J.-M. BESSI, R. NATHIEZ, Directeur de la Redaction

Au sommaire de ce numéro :

4. Le Château de Nice, une "vraie-fausse" acropole ?, Jean-Michel BESSI

6. Histoire d’une ville haute aujourd’hui disparue, Luc THEVENON

9. Castéu et mots historiques, Gérard CHANUT

10. 1706, un tournant historique, Jean-Michel BESSI

12. Le Monument aux Morts de Nice, Gé ALBARELLI, Jean-Michel BESSI

14. Les cathédrales du Château, Olivier COLUCCINI

16. De vielha villa en castéu, Jouan PIZZO

17. Nissa do Brasil o lou Mandaron, Gé ALBARELLI

18.… li rocca de la nouòstra jouinessa, Quint VENTA

20. Souterrains de la colline du Château, Jacques DALMASSO

21. La Castellada, enquête de Roger ROCCA

22. L’éboulement du Château, Isabelle ROCCA, Jacques DALMASSO

24. De Navarone à Nice, Jacques DALMASSO, Roger ROCCA

27. Lou magistre que nen menava en Castéu, Raoul NATHIEZ

28. Le Château de Nice, Dessins de Jean François LAUGERI

30. Passejada leterària impoussibla ?, Rémy GASIGLIA

32. Le parc de l’acropole, Dominique VEUX-ROCCA

34. Le bombardement de Nice, Raoul NATHIEZ

35. Mémoires d’un petit crocodile du Paillon, Marcel PERONA

36. Les fouilles du tramway, Marc BOUIRON

37. Giostra, Roger GASIGLIA

39. Alors, et ces clones ?, Gé ALBARELLI

40. Belicre, de Christiane BAILET et Raoul NATHIEZ

42. Pajo de Prouvenço, de Monique BALDELLI : "La danso de la souco"

43. Mastegada, par Raoul NATHIEZ : recette de Mme Laugier "Caieta de pouòrc"

Pais gavouòt, d’Ely ROUBAUDI : "Premié d’abril"

44. Echos et Courrier, sélectionné par Raoul NATHIEZ

45. L’avenir du nissart menacé ? de Rémy Gasiglia

Escac e… mat, de Jacques NEGRO

46. Lou Sourgentin et vous

48. Aigre-dous, de Raoul NATHIEZ

50. Caminada, de Gé ALBARELLI : "En Castéu"

52. Lenga nissarda, de Raoul NATHIEZ : "La pichina casserola" de Raoul NATHIEZ

54. Villages d’ici, de Gé ALBARELLI : Breil sur Roya

55. Li noumenaia dai nouòstre pais, de Miquéu FULCONIS

56. Expositions par Hélène GALLI : "Gil Michel" ; "Les mosaïques du Château", de Gé ALBARELLI.