Lou Sourgentin 162 :

Comté de Nice, Piémont et Ligurie

 

>> La fin dei counfin… Realità o pantai ?

Lou Pais nissart fouguèt la darriera countrada agregada à la França, en lou 1860, e li nouòstri mountagna vegueron encara boulegà li borna dei counfin en lou 1947… Ahura, l’Unioun Euroupenca fa cada jou mai denembrà la founcioun de clausura, de barri entre lu ome e li nacioun qu’an jugat li frountiera fin adé. Perqué noun si revirà soubre de l’istoria d’aquéu pais de marcha e de guerra, per imaginà lou siéu devenì ?
Pouden remountà en premié à l’idea de "counfin natural", tant cara ai poulitician couma ai magistre de la Tersa Repùblica. Au jou d’ancuei, li serra dei Alpa semblon un oustacle, clar e sensa escamp, per l’ouservatour inoucent e laugié. Pura, lu rescontre, lu escambi ecounoumic, linguistic o demougrafic, en un mot lu ligamen entre lu ome, si soun mancou rout despì la Preistòria… En d’autre luec, qu cerca de frontiera en li Carpata, o en li Mountagna Roucassieri d’Amèrica ?
E pi, degun a jamai sauput dire doun li Alpa s’acabon en la mar, e ensin, doun faire coumençà la Ligurìa, per noun parlà de l’Italia. Serìa à la Turbia, à Mentoun, o bessai en pilhant tout lou Val de Roïa ? De fach, per d’autre, lou ver counfin es aquéu dòu Var. Ma, aquì tamben, li borna an fouorça baroulat despì lou 1388, entre mar e mount Pelat ! E maugrà tout, lou flume Var, per avé jugat un lonc role istouric, noun fouguèt mai clavat entre Nissa e Prouvença, que lu mount fougueron intravessable entre Nissa e Pimount… Li Alpa serìon una "noun-frountiera" ?
Aloura, vehen soubretout qu’aquestu counfin an gaire pilhat una forma mouderna qu’en lou siecle dès e nou, e per nautre, à l’entour dòu 1 860. Passat lu remouloun de la Revoulucioun e de l’Emperi, la geopoulìtica euroupenca a poussat cadun à si radunà embé d’autre per fourmà de nacioun que devìon estre claramen limitadi e proumessa de poutença… Aven vist couma s’es finit ! Per lu Nissart, entre doui nacioun, França e Italia, fouguèt lou temp de la routura, de la chausida un pau coustrecha e dei counfin artificial, ma barrat de fourtificacioun de cada part… E, dapé dòu 1940, certen si soun pantaiat d’abutà lou counfin au Var !
Après un siecle de guerra, de chaple e de miseria, lu Nissart d’ancueì si pouòdon jà gaudì d’anà sensa lou sentì d’un pais à l’autre. Deven toui esperà qu’emb ‘ai prougrès de l’Europa, lu nouostre felen noun saupran cen qu’èra un counfin…

J.-M. BESSI, Diretour de Redacioun


La fin des frontières… Rêve ou réalité ?

Le pays niçois fut la dernière région réunie à la France en 1860, et nos montagnes virent encore les bornes frontières se déplacer en 1947.
Actuellement, l’Union Européenne fait oublier chaque jour davantage le rôle de barrière, de mur entre les hommes et les nations, joué jusque là par les frontières. Pourquoi alors ne pas se retourner sur l’histoire de ce pays de marche et de guerre, pour mieux imaginer son avenir ?
Nous pourrions d’abord remonter à cette idée de frontière naturelle si chère aux hommes politiques et aux instituteurs de la IIIe République. Aujourd’hui, les crêtes alpines semblent un obstacle clair et infranchissable pour un observateur naïf et superficiel. Pourtant, les rencontres, les échanges économiques, linguistiques et démographiques, en un mot les liens entre les hommes ne furent jamais interrompus depuis les temps préhistoriques… Et ailleurs, qui cherche une frontière sur les Carpates ou dans les Montagnes Rocheuses aux Etats-Unis ?
Et puis, personne n’a jamais su vraiment dire où les Alpes rejoignaient la mer, et par conséquent, où faire commencer la Ligurie, sans parler de l’Italie… Serait-ce à La Turbie, à Menton ou même en intégrant toute la vallée de la Roya ? Pour d’auters la vraie frontière est celle du Var. Mais là encore, les bornes ont souvent voyagé depuis 1 388 entre la mer et le Pelat ! Et le Var, malgré son long rôle historique, ne fut pas plus étanche entre Nice et Provence que les montagnes ne furent infranchissables vers le Piémont… Les Alpes seraient-elles une "non-frontière" ?
Alors, nous voyons surtout que ces frontières ne prirent une forme moderne qu’au xixe siècle, pour nous vers 1 860. Passée la tourmente de la Révolution et de l’Empire, la géopolitique européenne a poussé chacun à former des nations clairement délimitées, promesses de puissance. Nous avons vu comment cela a fini ! Pour les Niçois, entre la France et l’Italie, ce fut l’époque des grandes ruptures, des choix un peu forcés, et des frontières artificielles, mais gardées par des fortifications de chaque côté… Et, vers 1940, certains n’ont-ils pas rêvé de repousser la limite au Var !
Après un siècle de guerres, de massacres et de misères, les Niçois d’aujourd’hui peuvent déjà se réjouir de passer sans le sentir d’un pays à l’autre. Nous devons tous espérer qu’avec les progrès de l’Europe nos petits enfants ne sauront même plus ce qu’était une frontière…

J.-M. BESSI, Directeur de la Redaction

Au sommaire de ce numéro :

1. La fin dei counfin… Realità o pantai ? J.-M. BESSI

4. Frontières fluctuantes du Pays niçois, J.-M. BESSI

6. Arts des Alpes maritimes, identité et différences, Luc THEVENON

10. Une langue d’oc des Alpes à l’Atlantique, Robert BISTOLFI

11. Aqui se parlo nostro lengo, Sergio ARNEODO

12. Mercantour – Alpi marittime, Marina JAUFFRET-CERVETTI

14. La Traversada, Miquéu COMPAN

16. Une entente La Brigue-La Trinité, François BAUDOIN

17. Proverbi piemontesi et bouoi mot nissart, Roger ROCCA

18. Le rattachement de Tende et La Brigue, Jean-Louis PANICACCI

20. La route Nationale 204, Gé ALBARELLI

21. Tende : col et tunnel, Roger ROCCA

22. De la ligne " Nice-Coni " au " Train des Merveilles ", José BANAUDO

23. 2006 de tous les rêves, Gé ALBARELLI

24. Ün gin dë brigasc, Stéphane LOMBARDO

26. L’élégance populaire féminine entre France et Italie, Dominique VEUX-ROCCA

31. Saint Honorat à l’ermitage de l’Argentiera, Robert BISTOLFI

32. Fortifications de part et d’autre de la frontière, Luc FOURNIER

34. 28 août 1944 : la Libération de Nice, Jean Louis PANICACCI

35. Le Musée de la Résistance à Castellane, Jacques DALMASSO, Roger ROCCA

36. Mistral, 1854-2004, Marcéu PERONA

37. Pour ma mère, Hélène GALLI

38. 15 août 1944 : le débarquement de Provence, Raoul NATHIEZ

40. Belicre, de Christiane BAILET et Raoul NATHIEZ

42. Pajo de Prouvenço, de Monique BALDELLI : "La danso dei jardinièro"

43. Mastegada, par Raoul NATHIEZ : "Lou tian de printemp", "Bagna cauda sensa counfin" de Miquéu BESSI

44. Echos et Courrier, sélectionné par Raoul NATHIEZ

45. Pais gavouòt, de J. PASSERON : "Lou cant dóu pastre" – Escac e… mat, de Jacques NEGRO

46. Lou Sourgentin et vous

48. Aigre-dous, de Raoul NATHIEZ

50. Caminada, de Gé ALBARELLI : "De Tende à Vintimille, la Roya à pied"

52. Lenga nissarda, de Raoul NATHIEZ : "Lou foutougrafe" de Carlou Nono

53. Hommage à Alain Pelhon

54. Villages d’ici, de Miquéu FULCONIS : "Mollières"

55. Li noumenaia dai nouòstre pais, de Miquéu FULCONIS

56. Expositions par Hélène GALLI : "Malou Bertain, du soleil dans les couleurs" ; "Les Murs".

Et toujours disponibles chez votre libraire : les numéros 161, 160…