Lou Sourgentin 163 :

Nice et l'Orient

 

>> Nissa e Levant, dau temp de guerra au temp de pas

Parlen Istoria e laissen li passioun durmì. Prouven de metre un pau d’ordre e d’esclarcità en un fai d’idea embroulhadi naissudi d’una ribambèla d’esvòtou e d’una stela à la gloria de la grana erouina nissarda.
D’un, lu esvòtou remercion lou ciel, souventi fes la vierge de Laghet, per lou miracle dei gent escapat ai massacre o ai catura, obra dei Barbaresc. La stela, ela, remembra lou gest vigourous de la bugadièra nissarda à l’escontra d’un Turc que s’aventurava sus d’un barri nouostre.
Lu Barbaresc venion dau Sud, de Tripoulitana, de Tunisia, d’Algeria, per tout dire de Barbaria (o Berberia). Lu Turc venion dau Levant. Eron ja vengut d’un Levant encà mai ouriental, de Turkmenia, fin en Arabia doun un Califou que s’en anava en ravaria demandet en aqueli gent, sounat
"Seljoukides" de l’ajudà à mantenì l’ordre. Lou noum "ottoman" vendrà d’un sultan sounat Othman o Osman establit en lou XIVe sècoulou en Anatoulia.
Lou ligamen entre Turc e Barbaresc es que lu Ottoman si pilheron la Barbaria me la presa de Tunis e d’Alger en lou 1533, l’epoca de Soliman II e de Barbarossa ben counuissut da Catarina Segurana.
De doui, se auguerian à surbì lu Barbaresc, de manièra intermitanta, ma souventi fes, e fin à li a gaire (en outoubre dòu 1814 !), cau ben dire qu’aquelu coursari que fahion de ràzia eron tamben de Barbaresc que… de Turc. Ensinda Barbaresc e Turc poudion faire anà li galèra mé de galerotou crestian, en tant que nautre, bouoi crestian, fahiavan vougà li nouostri galèra gracia à d’esclau Turc o Barbaresc fach presounié.
De tres, se si trata de guerra e pu de ràzia, lu Nissart n’an jamai vist de Turc qu’un còu soulet, en lou 1543 au moumen de l’assedi famous. Noun siguesson estadi li esitacioun dòu nouostre Duc de Savoia, Carlou III, que fin finala pilhet lou partit de Carlou lou Quint contra de Frances Ier e Soliman II, lu Nissart noun aurion jamai vist, se si pòu dire, de turban armat de cimitara sus lou bastioun Sincaire (Cinq Caire).
Au countrari lu Ouriental augueron à nen surbì au temp dei Crousada (quauque noble nissart s’eron mes en camin), pi à la famouha batalha de Lepanta en lou 1571 (li galèra de Provana de Leyni e de Marceu Gallean tireron dau canoun), enfin en lou 1915 e lou 1916, en li Dardanèla. Diguen pura, per fa balança, que fouguerian aliat embé lu Turc, lu Frances e lu Angles contra lu Russou au moumen de la guerra de Crimea, souta de Napouleoun III entre lou 1854 e lou 1856.
De quatre, bessai que sensa lou simec de Lepanta, lu Turc que noun eron d’aimable tourista si passejant en Europa, n'aurion fach surbì li counsegença d’una oucupacioun e d’un Ordre que noun avia gran cauva à veire embé lou nouostre, couma fouguet lou cas en li Balkan.
Ahura, aqueli verità essent dichi, que tocon au passat, en temp de guerra, seria bessai temp de moustrà, per lou present, en temp de pas, lu ligamen e lu escambi tant coumercial que cultural que nen pouodon raprouchà d’aquelu pople dòu Levant. Cau avé l'esper qu’aqueu Sourgentin ajuderà à pu ben counouisse "l'autre", lou fourestié, que noun es "a priori" un nemic.

J.-M. BESSI, Diretour de Redacioun
R. NATHIEZ, Diretour de Redacioun


Du temps de guerre au temps de paix

Essayons de nous montrer historien et laissons dormir les passions. Tentons de mettre un peu d’ordre et de clarté dans un tas d'idées embrouillées nées d'une kyrielle d'ex-voto et d'une stèle à la gloire de la grande héroïne niçoise.
Premièrement, les ex-voto remercient le ciel, souvent Notre Dame de Laghet, pour ceux qui ont échappé aux Barbaresques, aux massacres ou à la captivité. La stèle, elle, rappelle le geste vigoureux de la lavandière niçoise contre un Turc qui s'aventurait sur un de nos remparts.

Les Barbaresques venaient du Sud, de Tripolitaine, de Tunisie, d’Algérie, pour résumer de Barbarie (ou Berbérie). Les Turcs venaient du Levant. Ils étaient déjà arrivés d’un Levant encore plus oriental, de Turkmenie, jusqu’en Arabie où un Khalife en difficultés demanda l’aide à ces gens, appelés "Seljoukides" afin de maintenir l’ordre. Le mot "ottoman" viendra d’un sultan Othman ou Osman établi au XIVe siècle en Anatolie.
Le lien entre Turcs et Barbaresques vient de ce que les Ottomans s’emparèrent de la Barbarie avec la prise de Tunis et d’Alger en 1533, à l'époque de Soliman II et de Barberousse que connaissait bien Catherine Ségurane.
Deuxièmement, si nous eûmes à subir les Barbaresques, de façon intermittente, mais souvent et jusqu'à récemment (en octobre 1814), il faut bien dire que ces corsaires qui opéraient des razzias étaient aussi bien des Barbaresques que… des Turcs. Ainsi, Barbaresques et Turcs pouvaient faire naviguer leurs galères avec des galériens chrétiens, tandis que nous, bons chrétiens, nous faisions voguer nos galères grâce à des esclaves Turcs ou Barbaresques que nous avions fait prisonniers.
Troisièmement, si l'on traite de guerre et non plus de razzia, les Niçois n'ont vu les Turcs qu'une seule fois, en 1543, au moment du fameux siège. Sans les hésitations de notre Duc de Savoie, Charles III qui finit par s'allier avec Charles Quint contre François Ier et Soliman II, les Niçois n'auraient jamais vu, si l'on peut ainsi s'exprimer, de turban armé de cimeterre, sur le bastion Sincaire. Au contraire, les Orientaux eurent à nous subir au temps des Croisades (quelques nobles niçois s’étaient mis en chemin), puis lors de la fameuse bataille de Lépante en 1571 (les galères de Provana de Leyni et de Marcel Galléan tirèrent du canon), enfin en 1915 et 1916, dans les Dardanelles. Disons cependant pour compenser que nous fûmes alliés des Turcs, des Français et des Anglais contre les Russes lors de la guerre de Crimée, sous Napoléon III entre 1854 et 1856.
Quatrièmement, peut-être que sans la gifle de Lépante, les Turcs, qui n'étaient pas d’aimables touristes se promenant en Europe, nous auraient fait subir les conséquences d’une occupation et d’un Ordre peu en rapport avec le nôtre, comme ce fut le cas dans les Balkans.
À présent, ces vérités étant dites, qui touchent au passé en temps de guerre, il serait peut-être temps de montrer, pour le présent en temps de paix, les liens et les échanges aussi bien commerciaux que culturels susceptibles de nous rapprocher de ces peuples de l’Orient. Il faut espérer que ce Sourgentin aidera à mieux connaître "l'autre", l’étranger, qui n’est pas a priori un ennemi.

Au sommaire de ce numéro :

1. Nissa e levant, dau temp de guerra au temp de pas, J.-M. BESSI et R. NATHIEZ

4. Nice et l’Orient : un étranger proche, Robert BISTOLFI

6. Le prestigieux Orient byzantin… , Hervé BARELLI

7. Les mots d’ici empruntés à l’arabe, au persan, au turc, Gérard CHANUT

8. La figure du Musulman dans la " Vida de Sant Honorat ", Robert BISTOLFI

10. Saraïn, mòrou, barbaresc e turc, Gérard CHANUT

12. Le Congrés de Nice de 1583, Alain SERVANTIE

14. Mà qu èra Catarina Segurana, Raoul NATHIEZ

16. Hayreddin Pacha dit Barberousse, Alain SERVANTIE

17. Le baise-main du Turco, Roger ROCCA

18. La bataille de Lépante, Reinat MATALÒ

19. Lépante si loin de la mer, Gé ALBARELLI

20. Un’oureta à Lepanta, Gé ALBARELLI

21. C’était le diamnche 7 octobre 1571, Roger ROCCA

22. Villefranche face aux incursions barbaresques, R. BISTOLFI

23. L’inscription arabe du bagne de Villefranche, J.-Michel BESSI

24. La grand-peur du Maure sur nos côtes, Raoul NATHIEZ

25. "Mòrou" et tradition niçoise, Annie SIDRO

26. L’Orient des aventures, Robert BISTOLFI

28. Au XIXe, l'Orient politique des Niçois, Hervé BARELLI

31. Visiteurs turcs à Nice, Alain SERVANTIE

32. Princes ottomans en exil sur la Riviera, Robert BISTOLFI

34. Ces plantes qui nous viennent d’Orient, D. VEUX-ROCCA

36. L’architecture mauresque autour de Nice, Luc THEVENON

38. Lu mòrou en la leteratura nissarda, Rémy GASIGLIA

40. La sonde Cassini, Raoul NATHIEZ – La medecina dóu 21e sècoulou, Jan PASTOUR

41. Pichina fenièra, M.-Th. IMBERT – 30e anniversaire de la mort de J. Nicola, Raoul NATHIEZ

42. Mastegada, par Raoul NATHIEZ : "Cuisine turque, parente de la cuisine nçoise", "Couhina d’estiéu" d'Isabelle ROCCA

43. "Le mascara", de Jacques DALMASSO

44. Echos et Courrier, sélectionné par Raoul NATHIEZ

46. Lou Sourgentin et vous

48. Aigre-dous, de Raoul NATHIEZ

50. Caminada, de Roger ROCCA : "Sur la trace des Sarrasins"

51. Escac e… mat, de Jacques NEGRO – Belicre, de Raoul NATHIEZ

52. Lenga nissarda, de Raoul NATHIEZ : "Lou magou dei set testa" de Felicité Barnoin-Salomon

42. Pajo de Prouvenço, de Monique BALDELLI : "La danse des épées"

53. Hommage à Alain Pelhon

54. Villages d'ici, de M. MARGARITORA : "La Bollène-Vésubie"

55. Certificat d'Etudes Niçoises – Li noumenaia dai nouòstre pais, de Miquéu FULCONIS

56. Expositions par Hélène GALLI : "Roger Vivès, peintre orientaliste" ; "Yvon Grac et l’orientalisme".

Et toujours disponibles chez votre libraire : les numéros 162, 161…