La crònica nissarda de Roger Rocca
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Lou Sourgentin
Lou Sourgentin

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Jean Gilletta et la Côte d’Azur, paysages et reportages, 1870-1930

 du 17 novembre 2017

au  5 mars 2018

 

Musée Masséna

65, rue de France – Nice

 

 

Jeudi 16 novembre 2017 à 19 heures au Musée Masséna, Christian Estrosi, Maire de Nice, Président de la Métropole Nice Côte d’Azur, Président délégué de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, vous invite au vernissage de l’exposition « Jean Gilletta et la Côte d’Azur, paysages et reportages, 1870-1930 », à découvrir jusqu’au 5 mars 2018.

 

Jean Gilletta, c'est tout d'abord un homme, le plus connu des photographes paysagistes du Sud-Est de la France. C'est aussi une entreprise d'édition photographique créée en 1881 par Jean Gilletta, connue sous le nom de « Giletta frères éditeur ». Elle existe toujours et compte parmi les plus anciennes maisons françaises d'édition.

Au fil du temps, Jean Gilletta est devenu, pour ainsi dire, une « marque » du paysage de la Riviera, qu'il soit artistique, patrimonial, touristique ou commercial.

À mi-chemin entre l'artiste itinérant du Grand Tour, le randonneur à la découverte des montagnes et le « routard » parcourant les routes, toutes les routes, Jean Gilletta a passé sa vie dans le paysage. Il en a laissé des milliers de clichés, réalisant avant notre siècle un google earth régional et photographique.

Soucieux d'offrir à ses images la plus vaste diffusion possible, Jean Gilletta ne s'est pas limité au tirage traditionnel de ses clichés, il a opté pour le support de la carte postale dès sa mise au point. C'est la carte postale qui a rendu célèbre le nom Gilletta de par le monde, ainsi que la reproduction de ses clichés dans les publications touristiques.

 

Au travers de cinq thématiques principales – Nice, capitale de la villégiature – Nissa la Bella – Par monts et par vaux – Sous l'azur le long de la côte – L'actualité en images – cette exposition montre la richesse et l'évolution des sujets représentés, la variété des angles choisis, la tonalité grave ou humoristique donnée à plusieurs clichés.

La période considérée commence à la fin du Second Empire et s'achève peu avant la Deuxième Guerre mondiale. Ainsi, sont incluses les photographies réalisées lors des années d'apprentissage de Jean Gilletta avec W. de Bray et celles prises par son neveu, Louis Gilletta qui lui succède à la tête de l'entreprise en 1926.

La couverture géographique des photographies présentes dans l'exposition concerne Nice et la Côte d'Azur, mais aussi les vallées des Alpes-Maritimes, la Ligurie, la Provence, la Savoie.

 

La plongée dans le temps inhérente à toute rétrospective d'une œuvre s'accompagne ici d'une réinterprétation contemporaine de certaines photographies par l'agrandissement, la colorisation, la reproduction numérique sur des supports actuels. Ces mouvements d'allers et retours entre les sujets anciens et les techniques modernes, Jean Gilletta et sa famille n'ont cessé d'en faire. Cette exposition s'inscrit dans la même démarche.

 

Mettre à la disposition de tous les images accumulées au cours des années, faire partager l'émotion, la grandeur, la beauté ou la simplicité d'un paysage ont été la raison de vivre, la passion du voir chez Jean Gilletta. Sur l’exemple de ce patrimoine imagé qu'il nous a laissé, cette exposition permet de renouveler sa démarche généreuse et de le mettre à la portée de tous.

 

 

Visite virtuelle inédite de la Promenade des Anglais

 

Vous pouvez dorénavant  allez visiter l’exposition virtuelle « La Promenade ou l’invention d’une ville ».

 

Nice, née dans un site et un climat exceptionnels, entre mer et montagne, est devenue une grande ville grâce au tourisme et la villégiature de Riviera. Son front de mer, témoin de cette croissance, n’a cessé d’inspirer les architectes, les artistes et les écrivains qui y ont séjourné.

 

Aux nombreux documents mis en ligne sur le site missionpromenade.fr, s’ajoute désormais un panorama richement documenté, réalisé à partir du relevé photographique complet de la Promenade des Anglais, d’Olivier Monge.

Ce panoramique a été réalisé pour l’exposition « La Promenade ou l’invention d’une ville », présentée au Musée Masséna à Nice, pendant l’été 2015. Il met en lumière la richesse urbanistique et architecturale du paysage urbain dont le Quai des Etats-Unis et la Promenade des Anglais constituent la façade sur la mer.

Grâce à ce programme évolutif, une visite virtuelle inédite du site est aujourd’hui accessible à tous depuis un ordinateur, une tablette ou un téléphone portable.  Elle permet d’admirer l’état actuel de ce paysage, tout en accédant à la connaissance de nombreuses informations, y compris sur des états antérieurs ou disparus.

 

 

 

 

Comme promis dans le dernier Sourgentin, vous trouverez ci-dessous la traduction de l’article paru uniquement en niçois de Gé Albarelli

 

De l’enchantement au cauchemar, un témoignage parmi trente mille possibles

 

Pour ce numéro 223 consacré à la Promenade des Anglais, j’avais proposé un article pour évoquer toutes les fêtes qui y sont organisées. Ce qui signifie une occasion de se réjouir à propos de tous ces jours où notre célèbre rivage redevient ce qu’il devrait être : un espace pour le plaisir des piétons… Des événements de plus en plus fréquents, parfois presque tous les dimanches : carnaval, batailles de fleurs, Ironman, triathlon, rallye des gazelles, Paris – Nice cycliste, marathon  Nice-Cannes, semi-marathon, Mud day et j’en passe. J’avais déjà dressé une liste et préparé des diapos. Et puis pour accroître des possibilités d’illustrations, j’avais imaginé de redescendre à la Prom’ Party, car parfois nous regardons le feu d’artifice depuis les fenêtres… Alors avec femme et fille nous avons rejoint Masséna …

 

Je ne sais si ce fut un pressentiment, mais au moment d’aller au concert du Philharmonique dans la fan zone, nous avons eu un malaise : tout le monde y est enfermé derrière des murs de bois et si un fou venait lancer des grenades depuis le pourtour… C’est malheureux de penser à de telles choses, mais avec tout ce qui se lit… Alors nous avons descendu l’avenue de Verdun jusqu’au rivage ; les échappatoires ne manqueraient pas et surtout la vue de soldats armés rassurait, même si l’on pouvait penser que quand même il est malheureux d’en venir à ceci, et pas seulement à Nice.

Après une marche jusqu’au Negresco pour profiter des orchestres, nous sommes descendus sur la plage pour le tant attendu feu d’artifice. Un tir comme il faut, salué de milliers d’applaudissements. Et nous sommes remontés sur le trottoir, au Lido, où après quelques minutes la musique reprenait. Moi, devant la scène pour mes diapos pour la revue, femme et fille adossées à des barrières à quelques mètres. Mais au moment de les rejoindre…

Il s’avère vraiment ardu de narrer la suite. Déjà avec le mal-être à l’idée de revivre cette épouvante. Mais aussi : comment témoigner en deux mots de ce que j’ai vu en à peine même pas une demi-minute ? Parce que faire des phrases prend du temps, cela en devient presque une trahison …

Ce camion blanc est arrivé comme une flèche. En une seconde : « Qu’est-ce qu’il fout ici, pourquoi va-t-il si vite ? » Sur les flancs, des spectateurs, des promeneurs qui n’étaient pas dans la trajectoire, rejetés comme je ne sais quoi, peut-être des quilles. Et derrière, des corps semés, recrachés comme d’un mixeur. Des cris d’horreur, la musique qui cesse, la panique. Immédiatement j’ai crié : « C’est un attentat ! ». Une femme m’a regardé de travers et a lancé : « mais il est fou ce mec ! ». Un Anglais qui avait compris hurla plein de rage : « Fuck Daesh ! ».

Le premier réflexe est d’aller aider les blessés. Mais pour avoir souvent lu que ces camions d’attentats sont bourrés de bombes et surtout pour avoir entendu le début d’une fusillade, nous sommes redescendus sur la plage, sous le perré, avec d’autres personnes, alors que près de la mer les noctambules continuaient à manger, parler, jouer sans imaginer ce qui arrivait sur la Promenade ; certains même se baignaient encore …

 

 

Ecrasés contre le perré, que ces deux minutes furent une éternité à faire exploser la tête et les tripes…

Que se passe-t-il dans la tête dans ces moments ? Il est inutile de crier « Attentat ! », personne sur la plage ne s’en est rendu compte. Ce camion de malheur allait-il exploser ? Allait-il en sortir des terroristes avec des kalach ? Les deux minutes les plus longues de la vie. A suer comme une serpillière, à trembler. Et le plus incroyable : deux hommes remontant l’escalier, arc-boutés, pour prendre photos ou films.

Fin des coups de feu ; plus que le bruit de la mer qui commençait à s’agiter, le vent qui forcissait. Un soldat apparut (ou un policier, ou un C.R.S., je n’ai même pas eu le temps de voir), à reculons, arme face à la route. Allait-il être abattu, regardait-il le massacre ? Mais quand il nous a vus, il a crié : « Foutez le camp vers le port ! ». Comme aux gens sur la plage. En deux secondes, ce fut la panique : tout le monde s’est mis à courir vers le port, beaucoup laissèrent couvertures, poussettes, pique – niques sur les galets. Pour passer entre parasols et matelas, ce fut un foutoir sans nom, à se déchirer les jambes… qu’importe : nous étions vivants… mais pour combien de temps ? Une seconde j’ai pensé aller dans la plage du Ruhl, que je connais bien. Mais non, il fallait courir vers le port, malgré les douleurs dans les genoux, les griffures sur les jambes, regardant s’il fallait embarquer un enfant ou un bébé.

A l’escalier de la plage, un autre soldat ou policier (un Bon Dieu !) nous a rassurés : « C’est fini, mais courez vers le port ». Ce que nous avons fait  sur la Promenade, heureusement sans avoir eu à franchir le Paillon et ses quais de l’embouchure.

Juste deux mots avec des inconnus comme nous rescapés, encore dans l’effroi. « Depuis la plage nous n’avons rien compris, nous pensions que les tirs venaient de pétards de gosses. ». Impossible d’en dire plus : plus de salive dans la bouche. Plus d’air, aucun souffle à force de courir.

Immédiatement après, arrivée en masse de voitures de police, d’ambulances.

Au lieu du feu d’artifice, de la musique, que des lumières bleues de clignotants, que des notes sinistres de sirènes. Et le fort vent qui semblait devenir plus froid qu’en hiver.

Au delà, au port comme place du Pin, des consommateurs calmes, qui mangeaient, qui buvaient, qui fumaient : la mauvaise nouvelle n’y était pas encore parvenue.

Mais quand nous avons rejoint la maison, elle avait déjà fait le tour du monde, sur radios, télés, web, en toutes les langues.

Et en ce qui restait de la nuit, impossible de dormir, que des visions infernales dans les paupières et nausées. Tant d’innocents venus pour du bonheur, tant d’innocents terrassés, maintenant tant de martyrs. Nos frères dans la fête…

Quelques jours plus tard, hommages dans le monde entier. La promenade pleine de fleurs, meurtrie de mémoriaux à perte de vue.  Le lendemain, visite à une cellule d’aide psychologique.

 

Le cœur est dans un étau, l’avenir dans le brouillard…

 

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Lou Sourgentin

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