Leçon 1 : Mais comment faut-il accentuer les mots nissart ? (1)
Nous présentons la première partie de létude de Jacques CHIRIO sur la pratique de laccentuation en nissart. Cest en effet cette dernière qui contribue à la "saveur" de notre langue, et la façon de prononcer "capelina" ou "balicò" est un véritable trait identitaire.
Disons tout dabord quil faut bien distinguer accent écrit et accent tonique : ce dernier terme na de sens quà loral et désigne linsistance, dans la prononciation dun mot, sur une syllabe et plus particulièrement sur la voyelle contenue dans cette syllabe. Ainsi dans le mot terra laccent tonique porte sur ter-, mais cela ne se traduit par aucun accent écrit. La place de laccent tonique est en général donnée par la règle suivante :
- sont accentués sur lavant-dernière syllabe les mots terminés par une voyelle ou par deux désinences verbales : le -es de la 2ème personne du singulier et le -on de la 3ème personne du pluriel. Ex : Presepi Manges (tu manges) Manjon (ils mangent).
- sont accentués sur la syllabe finale les mots terminés par une consonne. Ex : Ai cantat - Un bastart.
LACCENT ÉCRIT
Il peut être aigu ou grave. Il semploie surtout sur une syllabe qui reçoit laccent tonique.
1 - Son emploi est indispensable pour indiquer une syllabe tonique qui fait exception à la règle donnée ci-dessus :
a) sur la voyelle finale dun mot si elle est tonique. Ex : la libertà, lou vitrié, un moussù, lou balicò. Cela concerne plus particulièrement les infinitifs : ex : cantà, finì, servì, avé, calé, poudé, voulé, ainsi que la 3ème personne du singulier du futur : ex :canterà.
On remarquera que, par convention, laccent est grave lorsque cette voyelle est un A, un I et un U. Sur le E, laccent indique en plus le timbre de cette voyelle : laccent est aigu dans la mesure où il correspond à un E fermé pour la prononciation, et grave pour un E ouvert.
b) lorsque la syllabe accentuée dun mot est lantépénultième (proparoxytons). Ex : la pìboula, larèndoula, lou pèssegue, dimènegue, moùnega.
c) sur la syllabe accentuée dun mot terminé par le digraphe OU atone. Ex : embourìgou, bùlou.
Labsence de cet accent indique au contraire que le OU final est tonique. Ex : pescadou, tiradou .
d) pour indiquer la diphtongaison ÒU à distinguer du son voyelle OU. Ainsi le son nòu sopposant au son [nu] de nouvèu, vòu sopposant à vous.
2 - Laccent écrit simpose également pour distinguer des monosyllabes de sens différent mais de prononciation identique : laccent distingue la préposition à de la forme verbale a (il a) ; la conjonction mà du possessif ma; le substantif qué (le quai) de la conjonction que.
(A suivre)
Cette étude figure dans louvrage "Pràtica e gramàtica" de Jacques CHIRIO, en collaboration avec Noël FIORUCCI et Jean-Luc GAGLIOLO (pour en savoir plus )