Leçon 3 : Mais comment faut-il accentuer les mots nissart ? (3)

Nous avons vu jusqu’à présent les cas où l’accent écrit nous renseigne sur la place de l’accent tonique. Mais dans d’autres cas, l’accent écrit (sur le E ou sur le O) nous renseigne seulement sur l’aperture de la voyelle (distinction de E fermé et E ouvert, O fermé et O ouvert).

Accent sur le E :

Nous y sommes habitués par la pratique du français, mais une langue latine comme l’italien ne note pas les différences de timbre. Que nous écrivions Calena ou Calèna, nous n’hésitons pas sur la place de l’accent tonique. N’est-ce pas là l’essentiel ? En l’absence d’un dictionnaire scientifique et d’une Académie exerçant une fonction normative en fait de langue, on ne peut que constater des différences entre auteurs également estimables. Si on écrit Calèna, cèba, vèndre, cèndre, fèbre, nèbla, on guide le lecteur vers la prononciation d’un E ouvert, qui s’opposera au E fermé de drecha, estela (étoile), ceda, tela, etc… Cette notation peut être utile pour la conjugaison de verbes comme levà pour souligner l’opposition des formes avec un E tonique (lèvi, lèves, lèva, lèvon) et de formes avec E atone (levan, levas, ou levà).

Elle s’est imposée dans la notation du groupe IE : cela permet de différencier le son avec E fermé (aiet, les finales en -IÉ comme fournié) et le son avec E ouvert (ièra, carrièra, etc…)

Elle tend à s’imposer pour la notation du groupe EU : cela permet de distinguer le groupe avec E fermé (feuse, teule, beure, aqueu) du groupe avec E ouvert (la plupart des finales en -èu : castèu, soulèu, batèu, etc…).

L’accent d’aperture est aussi généralement employé pour les diphtongues EI et UE (crèire, vèire, juèc, fuèc, nuèch, etc…)

Il n’en reste pas moins que ces accents d’aperture sont une acquisition récente (le Dictionnaire de CALVINO les ignore généralement) et que souvent, nos auteurs n’en sentent pas la nécessité. Aussi, est-il difficile de les exiger de nos élèves à l’écrit.

Cet accent d’aperture est toutefois bien utile dans les groupes de trois ou quatre voyelles : il oriente alors la prononciation. Ex : sièi, ancuèi, vuèi, vuèia, pluèia, cerièia, etc…

Cas du groupe IEU : il est traditionnel de l’écrire avec un É (estiéu, siéu, miéu), car le son d’origine était un E fermé, actuellement réduit à I. Mais on pourrait aussi écrire estieu au lieu de estiéu, l’absence d’accent correspondant à un E fermé. C’est la notation du Dictionnaire de CALVINO, qui donnait pourtant iéu dans sa grammaire.

Accent sur le O :

On rencontre généralement en nissart un O ouvert qui est logiquement noté Ò (òli, jòia, bòia, etc…) mais très souvent, cet accent grave est omis : cela est très net en particulier dans le Dictionnaire de CASTELLANA.

Un cas particulier est celui de l’article contracté dóu (du) :

La difficulté de le distinguer de dau dit suffisamment que le son O fermé est problématique. Il fallait choisir un accent pour marquer la diphtongaison : à tort ou à raison, nos auteurs se sont alignés sur la graphie des provençaux - graphie de ROUMANILLE - (CALVINO préconisait dòu ou mieux dau).

Pour les graphies cóu (coup) et nóu (chiffre neuf) préconisées par Rémy GASIGLIA dans la Grammaire du Nissart en 1984, elles ne semblent pas avoir été adoptées.

Dans le cas de ces diphtongues, l’enseignant sera avisé en exigeant seulement la présence d’un accent, qu’il soit grave ou aigu.

Par contre, il est désormais acquis de noter avec un Ò la diphtongue OUO. Ex : pouòrta, pouòrc, fouòl, etc…