Leçon 17 : La préposition « da » suivie de l’infinitif

 

LA CONFUSION

« Lou travai es encà tout da faire », « Fraire Eliacin, dounas-nen da beure », « Aven coumençat da liège lou libre », « Siéu envidat da visità un’espousicioun ». ( Tout le travail est encore à faire - Frère Eliacin, donnez-nous à boire – Nous avons commencé à lire le livre – Je suis invité à visiter une exposition).  

Ces quatre phrases sont en apparence identiques, dans la mesure où, dans chacune des traductions apparaît un infinitif précédé de la préposition à (... à faire, ... à boire, …à lire, ... à visiter). Et pourtant, seules la première et la deuxième sont du bon niçois (on aura reconnu sans mal des citations du Théâtre de GAG).  

LA SOURCE DE L’ERREUR

Pourquoi les deux autres phrases sont-elles fausses ? Ceux qui commettent l’erreur - tant à l’écrit qu’à l’oral - parlent un niçois naïvement calqué sur le français. Ils croient respecter une règle qui en fait n’a jamais existé. Il serait faux de croire en effet qu’il existe un principe de traduction selon lequel le « à + infinitif « français se traduirait par « DA + infinitif » en nissart.  

LA DISTINCTION

On la fera sans mal en ayant présente à l’esprit la syntaxe de la préposition DA et plus précisément les cas précis dans lesquels on l’emploie. Or, devant un infinitif, cette préposition est essentiellement employée dans deux cas :  

l) On emploie DA pour marquer la nécessité, l’obligation (souvent, mais pas uniquement dans l’expression « avé da » (avoir à, être dans l’obligation de …)

Ainsi Signa Poncion dit aux Marguilliers de La Nemaïda : « Avés da cregne tout dau cors daï Sacrestan. » (Vous avez tout à craindre du corps des sacristains).

On peut toutefois noter que, chez les auteurs modernes, et sans doute à cause de la régression de l’influence de l’italien, la préposition DA recule au profit de À. Ainsi on lit chez MOSSA « Jiroumeta n’a jà que trou à faire » ou encore « Noun avès ren d’autre à mi dire ». Dans ce cas donc, l’emploi du da niçois n’est sans doute pas aussi rigoureux qu’en italien.  

2) On emploie da pour marquer la possibilité (sens du français « de quoi »). Cet emploi est fréquent avec le verbe « dounà » (donner).

Ex: « doune-li da manjà » (donne-lui à manger, de quoi manger).  

Il va de soi que ces deux cas d’emploi de la préposition da se retrouvent en italien (on aurait pour nos deux exemples ci-dessus « avete da temere tutto », « dagli da mangiare »).